Gruppo di famiglia in un interno – Luchino Visconti

Traduction française : Violence et passion
Durée :
 2h
Année de production : 1974
Couleurs (Technicolor)

Intrigue :
Un professeur vieillissant à la retraite mène une existence recluse dans sa somptueuse demeure romaine. Son amour pour les pièces d’art de collection finit par le faire céder à louer son appartement à l’étage à la Marquise Brumonti, son gigolo et amant Konrad, sa fille Lietta et le jeune fiancé de cette dernière Stefano. Ses nouveaux locataires, futiles et décadents, auront tôt fait de bouleverser profondément son quotidien et remettre en question sa façon de vivre…

Casting principal :

  • Burt Lancaster (le professeur) ;
  • Silvana Mangano (la Marquise Brumonti) ;
  • Helmut Berger (Konrad Huebel) ;
  • Claudia Marsani (Lietta Brumonti) ;
  • Stefano Patrizi (Stefano).

Bande-annonce :

Photos :

Récompenses (via IMDb) :

  • récompense de Luchino Visconti au Valladolid International Film Festival 1975 ;
  • meilleur film et meilleur acteur étranger (Burt Lancaster) au David di Donatello Awards 1975 ;
  • meilleur producteur, meilleur directeur (Luchino Visconti), meilleure actrice (Claudia Marsani), meilleure scénographie et meilleure photographie à l’Italian National Syndicate of Film Journalists 1975 ;
  • meilleur acteur étranger (Burt Lancaster) au Fotogramas de Plata 1976 ;
  • meilleur film en langue étrangère à la Japanese Academy 1979 ;
  • meilleur film en langue étrangère au Blue Ribbon Awards 1979 ;
  • meilleur directeur en langue étrangère au Kinema Junpo Awards 1979.

Pourquoi ce titre ?
Gruppo di famiglia in un interno annonce clairement la couleur : la vie d’une famille sous la contrainte de l’unité de lieu, le domicile du professeur. Famille au premier abord explosée, composée exclusivement de la Marquise et de ses proches, mais à laquelle le professeur va inéluctablement venir se greffer bien malgré lui.

Anecdotes :

  • Helmut Berger joue ici l’amant de Silvana Mangano alors qu’il a lui-même été l’amant du réalisateur du film, Luchino Visconti ;
  • ce film prend une dimension d’oeuvre testamentaire. Il est en effet difficile de ne pas voir en le professeur, la représentation d’un Visconti fortement diminué par la maladie devant la caméra. L’évocation de la mort dans Gruppo di famiglia in un interno aura raison de lui deux ans plus tard ;
  • malgré son titre italien, son réalisateur italien, son actrice principale italienne et son action qui se déroule dans la capitale italienne, ne vous y trompez pas, le film a bien été tourné à l’origine en langue anglaise. La langue de Burt Lancaster a donc prévalu et les autres n’ont eu qu’à s’en accomoder (rappelons que Silvana Mangano, Stefano Patrizi et Claudia Marsani sont italiens tandis que Helmut Berger est autrichien).

Mon avis personnel :
Ce film peut aisément être rapproché d’une autre oeuvre de Visconti : Il Gattopardo (lire la fiche ici).
Dans ces deux remarquables films, Burt Lancaster incarne un vieil aristocrate réfractaire au changement et en particulier à l’essor d’un nouvel ordre : la nouvelle bourgeoisie. Dans Il Gattopardo, l’aristocratie, sous les traits métaphoriques des lions et des guépards, est remplacée par la bourgeoisie, représentée par les hyènes et les chacals. Dans Gruppo di famiglia in un interno, la fin de l’aristocratie est aussi largement traitée. C’est la fin d’une époque : l’appartement du professeur à l’étage est réaménagé en style moderne, recouvrant au passage de poussière l’habitat XVIII-XIXè siècles du professeur, les souvenirs de la mère et de la femme du professeur pendant son repos sont sans cesse interrompus par les agissements des locataires, enfin, la musique classique laisse place à la musique contemporaine du XXè siècle.
Le choc des générations est également visible dans les deux oeuvres. Cependant, alors que Il Gattopardo effleure très subtilement cet aspect, Gruppo di famiglia in un interno insiste plus avant et plus explicitement. En effet, tandis que le Prince Don Fabrizio Salina peut se montrer sensible à la jeunesse d’Angelica voire presque jaloux vis-à-vis de son neveu, le professeur, lui, dans Gruppo di famiglia in un interno est irrésistiblement fasciné par la fraîcheur de ses jeunes locataires et va même jusqu’à partager un moment de grande intimité avec eux et se laisser embrasser par Lietta.

La vie recluse du professeur est très bien soulignée dans ce film de 1974,  principalement grâce à l’unité de lieu. Le spectateur devient prisonnier d’un monde clos, il partage le quotidien du professeur dont les relations humaines se limitaient principalement jusqu’à l’arrivée de ses locataires à sa cuisinière et sa bonne. Sa passion pour les “conversation pieces”, ces tableaux anglais du XVIIIème siècle qui représentent des familles de l’aristocratie avec leurs enfants, leurs domestiques et leurs chiens (et qui donnent au passage leur nom au titre anglais du film), n’y est pas étrangère : il côtoie la vie par l’intermédiaire de ces scènes figées qu’il collectionne. Le professeur l’avoue d’ailleurs lui-même durant la scène du dîner, où l’humour dont il fait preuve ne cache en réalité pas l’isolement dans lequel il s’est enfermé. A l’heure du bilan de sa vie, les locataires, simplement par leur présence et leur jeunesse, font prendre conscience au professeur de toutes les occasions manquées et ce dernier après avoir été intolérant finit par les remercier en exprimant de la bienveillance à leur égard. Il se surprend à vivre à leurs côtés, tel dans une famille qu’il aurait pu avoir.

Je pense qu’il serait dommage de ne pas voir cette fresque viscontienne à l’esthétique impeccable, hommage à la vie, à la jeunesse et qui montre également qu’une famille, aussi décadente qu’elle soit, vaut mieux qu’une solitude vécue dans le luxe.

Ma note :
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